Ce blocage, combiné aux frappes visant des infrastructures énergétiques dans le Golfe, a placé les marchés de l’énergie sous tension. Le pétrole, le gaz naturel liquéfié, le transport maritime et plusieurs secteurs dépendants des carburants subissent déjà des hausses de coûts. Ils font aussi face à des risques d’approvisionnement. Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, parle d’« une menace majeure pour la sécurité énergétique mondiale ».
Ormuz concentre le risque sur les flux pétroliers et gaziers
Le détroit d’Ormuz est un point de passage central pour les exportations d’hydrocarbures du Golfe. Sa fermeture ou son blocage partiel désorganise les routes maritimes. Il rallonge certains trajets et réduit le nombre d’alternatives disponibles pour les exportateurs. Des ports sont décrits comme engorgés, des navires sont déroutés et les contrats d’assurance augmentent.
Plusieurs éléments mentionnent aussi les limites des voies de contournement. Un accord entre Bagdad et les autorités kurdes permet par exemple à l’Irak d’évacuer une partie de son pétrole via la Turquie, par un oléoduc débouchant sur la Méditerranée. Cette solution ne compense toutefois pas l’ensemble des flux habituellement liés au détroit.
« Les formulations varient entre “blocage”, “fermeture” et “perturbation durable” pour désigner la même pression sur les flux énergétiques. »
Le gaz rejoint à son tour le pétrole dans la zone de tension
Le sujet ne porte plus seulement sur le pétrole. Le gaz est désormais cité comme une source majeure de vulnérabilité après les attaques visant des installations au Qatar. Plusieurs éléments évoquent une hausse de plus de 30 % sur certains marchés du gaz en quelques heures. Le site de Ras Laffan, principal site de gaz naturel liquéfié au Qatar, est présenté comme particulièrement exposé.
Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie, autorité française de régulation du marché de l’énergie, anticipe une hausse du prix du gaz « pas avant mai ». Elle indique aussi que cette hausse ne sera « pas gigantesque ». D’autres intervenants soulignent cependant que, même si le détroit était rouvert, « le trafic du gaz ne reprendrait pas normalement », selon Francis Perrin.
Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, estime pour sa part que « avec la fermeture du détroit Ormuz pendant six mois, on arriverait quand même à remplir nos stocks de gaz jusqu’à 70 % avant l’hiver ». Cette déclaration situe le risque sur les prix et sur le niveau des stocks disponibles.
Les coûts se diffusent du transport maritime aux ménages
Les conséquences économiques se transmettent déjà au-delà des marchés de gros. Le transport maritime subit l’augmentation du carburant et des assurances. Les compagnies aériennes, notamment en Afrique, sont confrontées à l’envolée du kérosène. Les professionnels du tourisme mentionnent une hausse possible du prix des vacances, des billets d’avion et des annulations ou reports de réservation.
En France, les ménages raccordés au gaz sont directement concernés par l’évolution des cours. Plusieurs éléments évoquent l’impact potentiel sur la facture de 10,3 millions de foyers. Michel-Edouard Leclerc reconnaît avoir annoncé à tort une baisse prochaine de 30 centimes du prix au litre de carburant. Il explique : « Je vois bien l’attente que j’ai pu susciter auprès des automobilistes. Je m’en veux de ne pas avoir anticipé une telle volatilité. »
Dans certaines régions, le prix du gazole est décrit comme ayant fortement augmenté. En Saône-et-Loire, le litre de gazole est signalé jusqu’à 2,70 euros dans certaines stations.
Agriculture, transport et commerce encaissent déjà le choc
Les secteurs à forte intensité énergétique sont parmi les premiers touchés. Des agriculteurs évoquent une hausse du carburant, des engrais et des pneus. L’un d’eux chiffre à « 60 000 € à débourser en plus sur l’année » l’impact de la hausse du gazole non routier. Les transporteurs routiers font état d’une progression de 20 à 30 % de leurs coûts de carburant. Ils demandent des mesures de soutien à la trésorerie.
La CPME, organisation patronale des PME, réclame « des aides ciblées pour les filières fortement impactées ». Elle cite notamment la chimie, la verrerie ou le transport. En Inde, la dépendance au gaz transitant par Ormuz provoque déjà des fermetures de restaurants et des rationnements de bonbonnes de gaz.
« Les articles passent fréquemment des marchés de gros aux effets très concrets sur le carburant, le tourisme ou les coûts agricoles. »
Les États réagissent différemment à la flambée des prix
Les réponses publiques divergent selon les pays. En Espagne, un plan d’aide « extraordinaire » est mentionné, avec gel des loyers et aides sur l’énergie. La Slovaquie adopte d’autres dispositifs face aux tensions sur les approvisionnements et à l’attractivité de ses carburants pour des conducteurs étrangers.
En France, plusieurs éléments soulignent que l’État n’envisage pas, à ce stade, de baisse des taxes sur les carburants. Cette position est reliée à la contrainte budgétaire et à l’objectif de réduction du déficit. Dans le même temps, des voix demandent un déstockage partiel des réserves stratégiques de pétrole ou des soutiens sectoriels ciblés.
Les marchés financiers intègrent un risque d’inflation prolongée
Les marchés obligataires et financiers réagissent eux aussi à la séquence. Les taux d’emprunt de la France et de l’Allemagne sont signalés à leur plus haut niveau depuis 2011, dans un contexte de crainte d’inflation durable liée à l’énergie. Certains secteurs sont présentés comme profitant de la guerre, tandis que d’autres sont pénalisés par la hausse des coûts ou l’incertitude sur la demande.
Dans le négoce pétrolier, plusieurs éléments décrivent des pertes, des besoins de liquidité accrus, des tensions de trésorerie et une forte exposition à la volatilité quotidienne des cours. Les marchés apparaissent sensibles aux déclarations politiques, comme l’illustre l’apaisement momentané du Brent après des propos de Benyamin Netanyahu sur une fin de guerre plus rapide qu’attendu.
Des prix encore suspendus à l’évolution des flux et des décisions publiques
À ce stade, la hausse des prix de l’énergie repose à la fois sur des perturbations physiques, sur l’incertitude entourant les routes d’approvisionnement et sur les anticipations des marchés. Les stocks, les solutions de contournement et les aides publiques peuvent amortir une partie du choc. Plusieurs secteurs enregistrent déjà des effets concrets sur leurs coûts d’exploitation et sur leurs prix de vente.
La tension sur le gaz et le pétrole restera-t-elle principalement liée au détroit d’Ormuz, ou s’étendra-t-elle durablement à d’autres infrastructures énergétiques du Golfe ? Les mesures publiques suffiront-elles à contenir la transmission de ces hausses vers les ménages et les entreprises ?