Le département d’État américain a annoncé vendredi 15 mai la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu entre Israël et le Liban, initialement prévu pour s’achever dimanche. Cette décision intervient au deuxième jour de pourparlers directs entre les deux pays à Washington, qualifiés de « productifs et positifs » par un responsable américain. Les discussions doivent se poursuivre les 2 et 3 juin pour aborder les volets sécuritaire et politique.
La trêve, entrée en vigueur le 17 avril, n’a pas empêché Israël de mener des frappes dans le sud du Liban. Vendredi, l’armée israélienne a annoncé avoir ciblé des « infrastructures du Hezbollah » dans la région de Tyr, faisant au moins 37 blessés selon le ministère libanais de la Santé. Trois secouristes du Comité islamique de santé, affilié au Hezbollah, ont également été tués dans une frappe distincte. Le Hezbollah a revendiqué des attaques de drones contre des positions israéliennes, tandis qu’Israël a indiqué avoir tué plus de 220 combattants du mouvement chiite au cours de la semaine écoulée.
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a accusé le Hezbollah d’avoir entraîné le Liban dans une guerre « irresponsable », appelant à ce que seules les forces armées libanaises détiennent des armes. La délégation libanaise à Washington a salué la prolongation de la trêve comme une étape vers « une stabilité durable », tout en insistant sur la nécessité d’un processus « par étapes et vérifiable ». Le Hezbollah, pour sa part, a rejeté ces négociations, les qualifiant d’« humiliantes » et dénonçant un « complot » contre le Liban.
Parallèlement, la France a déployé son porte-avions Charles de Gaulle en mer d’Arabie, à proximité du détroit d’Ormuz. La ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, a précisé que ce déploiement visait à « peser dans l’équation diplomatique régionale et mondiale » et à préparer une éventuelle mission « neutre » pour rétablir la liberté de navigation dans le détroit, bloqué par l’Iran depuis fin février. La France et le Royaume-Uni ont proposé une coalition maritime pour sécuriser cette voie stratégique, par laquelle transite habituellement 20 % de la production mondiale de pétrole.
L’Iran, qui contrôle partiellement le détroit d’Ormuz, a autorisé le passage de plus de 30 navires chinois depuis mercredi, selon la télévision d’État iranienne. Le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, a déclaré que Téhéran était prêt à laisser passer tous les navires une fois l’« agression américaine » terminée. La Chine, lors d’un sommet avec les États-Unis à Pékin, a réclamé un cessez-le-feu complet au Moyen-Orient et la réouverture « dès que possible » du détroit.
En Cisjordanie, un adolescent palestinien de 15 ans a été tué par des tirs de soldats israéliens près du village d’Al-Louban Al-Charqiya. L’armée israélienne a indiqué avoir visé un « lanceur de pierres », tandis que le ministère palestinien de la Santé a dénoncé une « exécution ».
Un vote serré à Washington
Les pourparlers entre Israël et le Liban se sont tenus sous l’égide des États-Unis, qui jouent un rôle central dans la médiation. Un responsable du département d’État a souligné que les discussions avaient permis des « avancées significatives », bien que les positions des deux parties restent éloignées sur plusieurs points. Le Liban exige un cessez-le-feu permanent avant d’aborder les questions sécuritaires, tandis qu’Israël insiste sur le désarmement du Hezbollah.
« La prolongation de la trêve est présentée comme une avancée diplomatique, mais les frappes israéliennes et les attaques du Hezbollah montrent que le cessez-le-feu reste fragile. »
Les prochaines étapes des négociations
Les discussions entre Israël et le Liban reprendront le 29 mai pour un volet sécuritaire, puis les 2 et 3 juin pour un volet politique. Les États-Unis ont indiqué que le Pentagone organiserait une réunion militaire entre les deux pays avant ces dates. La délégation libanaise a insisté sur la nécessité d’un engagement israélien à mettre fin aux hostilités, tandis qu’Israël a réitéré sa demande de désarmement du Hezbollah.
Le déploiement du Charles de Gaulle
Le porte-avions français Charles de Gaulle et son groupe aéronaval sont arrivés en mer d’Arabie après avoir franchi le canal de Suez. Alice Rufo a précisé que le navire n’était pas déployé directement dans le détroit d’Ormuz, mais qu’il se tenait prêt à intervenir dans le cadre d’une mission « défensive et conforme au droit international ». La France et le Royaume-Uni ont proposé une coalition maritime pour sécuriser le détroit, mais toute opération nécessiterait l’accord des pays riverains, dont l’Iran.
Les tensions autour du détroit d’Ormuz
Le détroit d’Ormuz, verrouillé par l’Iran depuis le 28 février en représailles à des attaques israélo-américaines, reste un point de tension majeur. L’Iran a autorisé le passage de navires chinois, mais maintient des restrictions pour les pays considérés comme « ennemis ». La Chine, dépendante des importations de pétrole en provenance du Golfe, a appelé à la réouverture rapide du détroit, tandis que les États-Unis ont menacé de nouvelles sanctions si Téhéran ne lève pas le blocus.
Prochaines étapes
La publication des conclusions des pourparlers de Washington permettra d’évaluer les avancées concrètes vers un cessez-le-feu permanent. La position du Hezbollah, qui refuse de désarmer, reste un obstacle majeur. Par ailleurs, la coalition maritime proposée par la France et le Royaume-Uni dépendra de l’évolution des négociations avec l’Iran sur la réouverture du détroit d’Ormuz. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si la trêve entre Israël et le Liban peut se transformer en accord durable.