Le sommet entre Donald Trump et Xi Jinping s’est achevé vendredi 15 mai à Pékin après deux jours de discussions. Les deux dirigeants ont affiché une volonté de détente, tout en maintenant des positions divergentes sur plusieurs dossiers sensibles. Donald Trump a revendiqué des accords commerciaux « fantastiques », tandis que Xi Jinping a qualifié la visite d’« historique ».
Des annonces commerciales sans confirmation chinoise
Donald Trump a annoncé vendredi avoir conclu des accords commerciaux « excellents pour les deux pays ». Parmi ces annonces, il a évoqué une commande chinoise de 200 avions Boeing, une promesse d’achat de produits agricoles et énergétiques américains, ainsi que des investissements dans le secteur technologique. « C’est considérable, mais moindre que les 600 avions évoqués par certains médias ces derniers mois », a-t-il précisé.
Boeing a confirmé vendredi que Pékin s’était engagé à lui acheter 200 avions, sans préciser le modèle ni le calendrier de livraison. L’avionneur a salué un « déplacement rempli de succès », tout en indiquant que les détails restaient à finaliser. Les autorités chinoises n’ont pas officiellement confirmé cette commande, ni les autres engagements commerciaux mentionnés par le président américain.
« Le même chiffre est présenté comme une avancée par Washington et comme un engagement non consolidé par Pékin. »
Les marchés financiers ont réagi négativement à ces annonces. L’action de Boeing a perdu plus de 5 % vendredi, après que Donald Trump a évoqué une commande inférieure aux attentes. Les analystes soulignent que Boeing, en difficulté sur le marché chinois ces dernières années, reste en retrait face à son concurrent européen Airbus.
Taïwan au cœur des tensions
La question de Taïwan a dominé les échanges entre les deux dirigeants. Xi Jinping a mis en garde Donald Trump contre un risque de « conflit » entre les deux pays si la question taïwanaise était « mal traitée ». « Si la question de Taïwan était mal traitée, Chine et États-Unis se heurteront, voire entreront en conflit », a-t-il déclaré jeudi, lors du premier jour du sommet.
Donald Trump a répondu vendredi en mettant en garde Taïwan contre toute proclamation d’indépendance. « Nous sommes ensuite censés faire 15 000 km pour faire la guerre… Je ne pense pas que ce soit une bonne idée », a-t-il déclaré à bord d’Air Force One, avant de quitter Pékin. Il a ajouté n’avoir pris « aucun engagement » envers Xi Jinping sur ce dossier, tout en affirmant avoir « beaucoup parlé » de Taïwan avec son homologue.
« La même séquence est présentée comme une mise en garde chinoise et comme une neutralité américaine. »
À Taïwan, ces déclarations ont suscité des réactions contrastées. Le gouvernement taïwanais a réaffirmé sa confiance dans le soutien américain, tout en soulignant que l’île ne cherchait pas à proclamer son indépendance. Les médias locaux ont noté que les propos de Donald Trump marquaient un changement de ton par rapport à ses précédentes déclarations, sans pour autant remettre en cause la position officielle de Washington.
Détroit d’Ormuz et droits de douane : des sujets non résolus
Donald Trump a également évoqué une offre d’aide de la Chine pour rouvrir le détroit d’Ormuz, actuellement bloqué par les tensions entre l’Iran et les États-Unis. « Xi Jinping a dit : ‘Si je peux être d’une quelconque aide, je serai ravi d’aider’ », a-t-il indiqué. Pékin a réclamé vendredi un cessez-le-feu complet au Moyen-Orient et la réouverture du détroit « dès que possible », tout en réaffirmant son rôle « constructif » dans les efforts de paix.
Les droits de douane, source majeure de tensions entre les deux pays, n’ont pas été abordés lors du sommet. Donald Trump a confirmé vendredi ne pas avoir discuté de ce sujet avec Xi Jinping, malgré les tarifs imposés par son administration sur les importations chinoises. « Nous n’avons pas parlé des droits de douane », a-t-il déclaré, sans préciser si ce dossier serait évoqué ultérieurement.
Une relation qualifiée de « stabilité stratégique constructive »
Xi Jinping a salué vendredi l’établissement d’une relation de « stabilité stratégique constructive » entre les deux pays, un terme repris par les autorités chinoises pour décrire le cadre des discussions. Donald Trump a pour sa part qualifié Xi Jinping de « véritable ami », tout en évitant de le qualifier de dictateur, une formulation qu’il avait utilisée par le passé.
Les deux dirigeants ont également évoqué la question de l’intelligence artificielle, sans annoncer de coopération concrète. Donald Trump a affirmé que les États-Unis étaient « largement devant la Chine » dans ce domaine, tout en reconnaissant que Pékin occupait la deuxième place.
Un sommet sans percée majeure
Les observateurs s’accordent à dire que le sommet n’a pas permis de percée majeure sur les dossiers les plus sensibles. Si les deux pays ont affiché une volonté de dialogue, les divergences persistent sur Taïwan, les droits de douane et la rivalité technologique. « Derrière la façade amicale, les désaccords restent nombreux », note un analyste cité par plusieurs médias.
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a annoncé vendredi que les deux pays avaient convenu de maintenir tous leurs accords commerciaux existants et de créer des conseils dédiés au commerce et à l’investissement. Les détails de ces structures restent cependant à préciser.
Un bilan en attente de confirmation
Le sommet de Pékin a permis d’afficher une volonté de dialogue entre les deux premières puissances mondiales, sans pour autant résoudre leurs divergences. Les annonces commerciales, si elles se concrétisent, pourraient apporter un soulagement temporaire aux tensions économiques. Sur Taïwan, les positions restent inchangées, avec une Chine déterminée à affirmer sa souveraineté et des États-Unis prudents, mais sans engagement clair.
Les prochaines semaines permettront de mesurer la portée réelle des accords évoqués. La confirmation officielle des commandes à Boeing, la mise en place des conseils commerciaux et les éventuelles discussions sur les droits de douane seront des indicateurs clés de la relation sino-américaine. Sur le dossier taïwanais, les déclarations des deux dirigeants laissent entrevoir une période de statu quo, sans avancée ni escalade immédiate.