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RENTRÉE LITTÉRAIRE

Thélyson Orélien nie avoir utilisé une IA pour écrire son roman

Récompensé par le prix du roman Fnac et retenu dans plusieurs sélections, C’était ça ou mourir est visé par une accusation lancée sur X à partir d’analyses du détecteur Pangram. L’auteur et son éditeur contestent cette version, tandis que des accusations de plagiat portent désormais sur des textes plus anciens.

72 sources · 40 médias · 5 min

Le 21 septembre, quelques heures après l’attribution du prix du roman Fnac à Thélyson Orélien, le compte anonyme « Balance ton Claude » a affirmé que son premier roman, C’était ça ou mourir, avait été « presque intégralement » écrit avec une intelligence artificielle. Pour étayer cette accusation, le compte dit avoir soumis des extraits au détecteur américain Pangram. Des tests relayés au Canada ont attribué 94 % d’un texte à l’IA, tandis que d’autres publications évoquent un résultat supérieur à 90 %.

L’écrivain canado-haïtien, dont le livre figure aussi dans les sélections du Goncourt, du Médicis et du Femina, nie avoir utilisé une IA pour produire son texte. « Je n’ai jamais utilisé l’intelligence artificielle pour produire des textes », a-t-il déclaré. Son éditeur Grasset le soutient. Thélyson Orélien affirme constituer un dossier avec ses éditeurs français et québécois pour démontrer qu’il a écrit le roman lui-même. Il dit également subir des attaques racistes depuis son arrivée en France.

Pangram fournit toutefois un résultat d’analyse, et non une preuve directe du processus d’écriture. Philippe Claudel, président de l’Académie Goncourt, a appelé à la prudence et indiqué que le livre continuerait d’être jugé sur sa qualité, sauf apparition de preuves irréfutables. La polémique s’est ensuite étendue à d’anciens textes attribués à l’auteur, accusés de reprendre des passages déjà publiés.

Les scores de Pangram ne suffisent pas à prouver l’usage d’une IA

Pangram est au centre de l’affaire parce qu’il affirme pouvoir repérer les textes générés par une intelligence artificielle avec un faible taux de faux positifs. Le logiciel a été présenté comme particulièrement performant par plusieurs spécialistes, mais son résultat sur C’était ça ou mourir est contesté par des chercheurs et des observateurs du secteur du livre.

Ces outils analysent les caractéristiques d’un texte et évaluent la probabilité qu’elles correspondent à une production automatique. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de reconstituer les conditions dans lesquelles un roman a été écrit. Un test cité dans la couverture de l’affaire a ainsi attribué à l’IA 83 % d’un passage de la Bible, pourtant écrit bien avant l’existence de ces systèmes. L’expérience sert à illustrer le risque de faux positifs.

Les publications consacrées à l’affaire ne donnent pas toutes le même résultat : 94 % pour une analyse relayée par Radio-Canada, plus de 90 % dans d’autres articles, et une formulation évoquant une rédaction « presque intégrale » dans les accusations initiales. Ces chiffres renforcent le soupçon, mais ne démontrent pas indépendamment que Thélyson Orélien a utilisé une IA.

Le point le plus solide de l’accusation et sa principale limite sont identiques : Pangram produit un résultat chiffré, mais ce résultat mesure une probabilité textuelle et non l’acte d’écriture. La répétition de pourcentages élevés transforme donc un indice technique en certitude médiatique plus vite qu’en preuve établie.

Le Yak

Philippe Claudel demande de ne pas condamner Thélyson Orélien sans preuve

Philippe Claudel, président de l’Académie Goncourt, a demandé de ne pas « jeter en pâture » l’écrivain canado-haïtien. Il s’est interrogé sur le moment choisi pour lancer les accusations, le jour même de l’attribution du prix du roman Fnac et alors que C’était ça ou mourir figurait dans les principales sélections littéraires.

Il a aussi relevé plusieurs éléments sensibles autour de l’affaire : l’auteur est haïtien et canadien, noir, francophone et étranger en France. Thélyson Orélien affirme de son côté être la cible d’attaques racistes. Virginie Despentes l’a publiquement défendu, estimant qu’il n’avait pas à se justifier devant Pangram.

Le collectif à l’origine des accusations, composé de cinq personnes selon ses propres déclarations, dit vouloir alerter sur la place croissante des textes générés par IA dans la littérature. Il affirme ne pas être lié au monde de l’édition ni à une entreprise privée. La polémique oppose ainsi deux questions distinctes : le débat sur la place de l’IA dans les livres et la possibilité d’établir cette accusation précise contre un auteur.

D’anciens textes attribués à Thélyson Orélien sont accusés de plagiat

La controverse ne porte plus seulement sur C’était ça ou mourir. Des enquêtes publiées au Québec et en France accusent Thélyson Orélien d’avoir repris, dans des textes d’opinion publiés entre 2012 et 2014, des passages déjà présents dans d’autres publications.

La Presse rapporte que plusieurs textes signés par l’auteur seraient en tous points similaires à des écrits existants. Libération ajoute que le texte soumis par Thélyson Orélien au « Prix du public » de Radio-Canada, remporté en 2012, reprenait la préface du Matin des Magiciens de Louis Pauwels. Le Devoir évoque lui aussi des passages copiés dans des textes d’opinion.

Ces accusations relèvent d’une séquence distincte de celle produite par Pangram : elles reposent sur des rapprochements entre des textes publiés et des écrits antérieurs, tandis que le dossier de C’était ça ou mourir repose principalement sur la détection algorithmique de l’IA. Les deux affaires sont néanmoins désormais associées dans le traitement public du cas Orélien.

L’affaire pose aux éditeurs la question d’un texte « 100 % humain »

L’affaire pose une question pratique aux éditeurs : comment vérifier qu’un manuscrit a été écrit sans intelligence artificielle, et qui doit en répondre ? La Croix interroge leur responsabilité, tandis que plusieurs intervenants appellent à définir des règles de coexistence plutôt qu’à laisser s’installer une suspicion générale.

Alexandre Gefen, chercheur au CNRS, estime que les éditeurs sont désarmés pour garantir qu’un texte est « 100 % humain », d’autant qu’un texte généré par une machine peut être retravaillé rapidement. Frédéric Martin, directeur général de Robert Laffont, considère l’IA comme un outil possible de création et annonce la publication, début 2027, d’un roman de Sébastien Bailly conçu avec son aide. Selon lui, environ 2 % du texte initial généré par l’IA subsisterait dans la version finale, qui sera précédée d’un avertissement aux lecteurs.

D’autres écrivains défendent au contraire des œuvres identifiées comme « 100 % humaines ». Abel Quentin, Annie Ernaux, Pierre Michon et Marie NDiaye sont cités parmi les auteurs favorables à cette ligne. Aucune règle commune ne se dégage encore entre l’IA comme outil de travail et la volonté de préserver des espaces littéraires explicitement sans IA.

Médianalyse du Yak

La couverture se concentre d’abord sur Thélyson Orélien : son prix, son identité canado-haïtienne, sa défense et les attaques racistes qu’il dit subir occupent une place importante. Le fonctionnement de Pangram fournit le principal contrechamp technique, tandis que la responsabilité des éditeurs et les règles applicables aux textes aidés par l’IA restent davantage en retrait.

Deux cadrages coexistent. Une partie des publications présente l’affaire comme la mise au jour possible d’une fraude littéraire ; d’autres insistent sur la fragilité des détecteurs, le caractère anonyme de l’accusation et le risque d’une campagne visant un auteur étranger noir. Les accusations de plagiat, apparues dans un second temps, déplacent ensuite l’attention de la fiabilité de l’outil vers celle de l’auteur.

Article généré par le Yak

LES SOURCES40 médias · 72 sources

Le Monde 1 article

Le Figaro 3 articles

Libération 4 articles

Le Parisien 2 articles

Le Nouvel Obs 4 articles

L’Humanité 2 articles

Valeurs Actuelles 1 article

La Croix 4 articles

HuffPost France 2 articles

20 Minutes 2 articles

Franceinfo 4 articles

BFMTV 2 articles

France 24 2 articles

Euronews FR 1 article

RMC 3 articles

TV5MONDE 2 articles

La Dépêche du Midi 1 article

Le Progrès 1 article

Le Dauphiné Libéré 1 article

L’Est Républicain 1 article

Le Républicain Lorrain 2 articles

Vosges Matin 2 articles

L’Alsace 1 article

JSL 1 article

Le Bien Public 1 article

La 1ère 1 article

Courrier International 2 articles

RFI 1 article

Mediapart 1 article

Le Temps 1 article

La Libre 3 articles

La Dernière Heure 1 article

RTS 1 article

Radio-Canada 2 articles

LaPresse 2 articles

Le Devoir 2 articles

BBC News 1 article

The Globe and Mail 1 article

De Standaard 2 articles

NRC 1 article

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